Hervé Jézéquel - les échouées
Hervé Jézéquel surtsey
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les échoués
SURTSEY L'’île ultime

Notes au pas de la lettre (extrait)

«Langue de terre pointant au nord, « Norður tangi » accueille au gré des courants les échoués ;
objets naturels ou manufacturés tous réduits à l’état de restes, ils ont en commun un point d’arrivée : Surtsey.
Les scientifiques qui la protège ont beau essayer de l’'ériger en terre vierge et non « polluée » par l’homme,
elle en subit malgré tout les assauts que subissent toutes les côtes : bouées, gants, semelles, pneus…
Ces restes, bris, fragments et bribes d’ailleurs relient ainsi l’île à d'’autres histoires et temporalités,
rappelant à Surtsey, aussi protégée soit-elle, l’impossible oubli du monde.
Cette langue tendue comme à l'’affût des restes du monde n'’a d’autre choix que de conserver ces objets
jusqu'’à ce qu'’ils se décomposent d’eux-mêmes.
Ils se tiennent présents par la force des choses et les hasards des courants.
Ils sont donc là et ils y restent, aussi égarés soient-ils ; carcasses d’objets manufacturés et de mammifères
se retrouvent là dans une étrange composition, dessinant un chemin de part et d'’autre de la langue,
tels des pointillés menant à la partie intérieure de l'’île, inabordable celle-ci. Car c’'est par la langue que l'’homme aborde aussi lorsqu'’il y débarque en bateau ; c’'est un lieu qui accueille,
qu'’il soit question d’abordage ou d’échouage.
Une langue qui raconte, ou plutôt qui égrène, tel un inventaire à la Prévert, des noms d’'objets insensés…