atlas du fond de la rivière

J’ai découvert le Bès et la Bléone l’été 2009. Ces vallées qui enserrent le Massif du Blayeul ont leur propre détermination topographique. Je me concentre sur l’étendue géographique délimitée par leurs lits et règle les marges à ma mesure.
Notes, photographies, dessins, «relevés» au fil des pas amorcent un dialogue avec d’illustres passants comme Pierre Gassendi (Opera Omnia. et de lapidibus ac metallis), Nicolas Fabri de Peiresc (De la formation des cailloux des rivières), Prosper Demontzey (Traité pratique du reboisement et du gazonnement des montagnes) et Alexandre Surrell (Etude sur les torrents des Hautes-Alpes), ou Jean Proal, et avec les chercheurs de l’IRSTEA. Leurs traces m’éveillent et j’aime emprunter leurs pas pour constituer un atlas mêlant approche «géopoétique » personnelle et «connaissance» rationnelle.

INTENTION

Cet atlas associe à la photographie, inventaire, usages, géographie, toponymie, traces, cartographies, itinéraires, mesures…
Il restitue la volonté de cerner les relations de l’homme à la nature et au paysage au sein d’une aire géographique déterminée, de l’arpenter, d’entrer dans son intimité et d’imaginer quel pouvait y être le rapport originel à la nature à partir des émotions ressenties.
Il s’agit aussi de sonder les rapports entre nature et culture et de pointer l’équilibre fragile entre l’homme et son environnement à partir d’observations qui font prendre conscience des transformations du paysage, directement liées aux actions de l’homme ou provoquées par des événements naturels. S’écrivent et se révèlent alors des traces, entre tension et équilibre, le palimpseste d’une histoire à peine visible, un « espace-entre » le Bès et la Bléone.

DESCRIPTION

« Cerner », quadriller un espace mouvant et le faire devenir « lieu » peut sembler vain. Pour le décrire, je conjugue plusieurs modes, la photographie, le dessin, la vidéo, la sculpture, l’installation, qui traduisent différemment la sensibilité de ce territoire. Chaque medium ordonnance une part de ma pensée et donne « à voir » et « à comprendre ».
Ce projet allie approche cognitive, approche sensible et imaginaire. Appréhender, expérimenter, relever des traces à l’échelle des sens, collecter des objets et des histoires, et inventer un vocabulaire (toponymie, technique), des outils, de créer des codes, des dispositifs qui mettent en jeu notre perception du lieu.
Une chorographie s’écrit progressivement, en pointant le regard sur ce lieu, les pieds sur ce bout de territoire pour un essai de description du monde. Voici donc le début d’une histoire lisible à la surface de l’eau mais qui prend sa source plus profondément encore. Il est parfois des relations indéfinissables de l’homme au lieu. Un hors temps que presque rien ne permet de dater. Ce n’est que le cycle de la rivière.

HISTOIRE/ MEMOIRE

L’histoire s’inscrit dans des strates, des rythmes et des cycles différents. La géologie avec le substrat sous les galets, les sédiments des bords des rivières, les sols plus récents, fine couche de terre qui recouvre les montagnes ; le vent qui s’engouffre dans les vallées, effleure ou s’abat sur les flancs et lignes de crête des massifs sur lesquels ont poussé d’innombrables arbres depuis la fin du XIXe siècle lors du programme de Restauration des terrains en Montagne, bois qui livrent aujourd’hui des troncs charriés à la surface des eaux dans le cours du Bès et de la Bléone, au gré du lit qui se dessine lorsque les rivières enflent.
Tout ce qu’une rivière charrie est mémoire.