météorites

Deux années de suite je suis allé dans le désert d’Atacama chercher des météorites mais était-ce bien le but ?

Disons que je suis parti m’égarer, rêver qu’une pierre tombe du ciel. Des milliards de pierres dans le désert comme autant d’étoiles dans le ciel. Scruter le ciel et le sentir basculer, scanner le sol d’une marche lente. Le regard à gauche, le regard à droite, lever les yeux retrouver l’équilibre en s’appuyant sur l’horizon, là ou la partie du ciel est la plus clair, au-dessous de ce ciel de plomb d’un bleu si dense.

Se diriger vers une pierre sombre qui dépasse du sol, suivre des échancrures, descendre des petites ravines, poser le pied un replat lisse ou l’eau s’est glissée il y a peut-être des millions d’années. Je ne marche pas vers un point, je marche de pierre en pierre, je marche à perte de vue, avec un vent venant de partout. Comme le marin, je navigue aussi au vent, je regarde la course du soleil, je prend pour repère mon ombre. Une ombre franche et sombre.

Je garde l’ombre dans mon dos et marche face à la lumière pour éviter que mon ombre entre dans le champ d’observation. Observer au zénith est encore ce qu’il y a de mieux et tant mieux car il y reste presque 3-4 heures en hiver. Ici beaucoup de pierres sont couvertes d’une patine qui donnent l’impression que la roche a été brûlée par le soleil et le temps, dans une souffrance inimaginable.

Même dans une zone favorable car il en est, l’immensité du désert et la petitesse de nos déplacement sur une ligne rend la encontre avec la météorite presque improbable. On marche, le regard rivé au sol près de nos pieds et quelques mètres devant, balayant le sol de droite à gauche comme un essuie glace. On va vers l’avant en espérant toujours qu’au prochain pas, ce sera le bon.

Combien de fois, j’ai cru rencontrer une pierre du ciel? je me suis baissé ? j’ai soupesé ? sorti l’aimant de ma poche ? puis rejeter la pierre ? … un nombre de fois insensé. Et puis je suis sûrement passé à côté pour quelques centimètres, plongé dans mes pensées ou attiré par cette autre pierre juste par là… de l’autre côté.

Pourtant la météorite existe, c’est une pierre incomparable à une autre. Là où la surface et la structure des autres est granuleuse, stratifiée, cassante, anguleuse, bulbeuse, conglomérée, dentelée, la météorite est revêtue d’une croute de fusion polie dans sa chute, par la fulgurance de son entrée dans l’atmosphère, puis par le temps qui a parachevé sa forme. Pour la science, il faudrait en découper une tranche qui serait portée dans un laboratoire, mesurer, authentifiée, classifiée.